Le TRAPS

Les premières descriptions du syndrome auto-inflammatoire associé au récepteur du TNFα ou TRAPS (the TNF-receptor associated autoinflammatory syndrome) datent de 1982 dans une famille irlando-écossaise. Appelée initialement fièvre hibernéenne familiale, la découverte du gène en cause en 1999 par Mc Dermott a été à l’origine de la modification de son appellation.

 

Il s’agit d’une maladie exceptionnelle, de transmission autosomique dominante avec quelques cas sporadiques. Elle ne concerne que quelques centaines de familles dans le monde. Elle touche toutes les populations du monde, même si elle a initialement été décrite dans les populations originaires d’Europe du Nord.

Description clinique

Il s’agit d’une maladie invalidante car les épisodes de fièvre sont souvent longs et sévères et s’accompagnent d’une importante altération de l’état général.

Les premiers symptômes débutent dans l’enfance à un âge qui peut être très variable d’une personne à l’autre. Elle se manifeste par des crises fébriles prolongées qui peuvent durer de une à cinq semaines.

 

Ces accès fébriles vont s’accompagner d’autres symptômes liés à la présence d’inflammation au niveau de certaines régions du corps (abdomen, articulation, peau, muscle…) :

  • chez plus de 2/3 des patients, des douleurs abdominales parfois associées à des diarrhées, vomissements,
  • chez 2/3 des patients, des douleurs musculaires,
  • dans la moitié des cas, des éruptions cutanées, souvent au même endroit que les douleurs musculaires. Il peut s’agir de plaque érythémateuse (rouge) douloureuse, sur le tronc ou les membres, qui disparaissent pour réapparaître ailleurs. Parfois ces lésions peuvent ressembler à de l’urticaire,
  • chez la moitié des patients, des douleurs articulaires voire des arthrites (inflammations des articulations) peuvent apparaître,
  • l’inflammation peut également toucher les yeux avec des conjonctivites, un gonflement des paupières,
  • parfois, d’autres organes peuvent également être atteints avec une inflammation des enveloppes entourant ces organes (cœur, poumon, péritoine, système nerveux…),
  • parfois, amaigrissement  important au cours de la poussée.

Lors de ces accès fébriles, on retrouve une inflammation très importante sur les bilans sanguins (augmentation du taux de polynucléaires, de la CRP, de la vitesse sédimentation…).

Entre les accès de fièvre, le patient n’a plus de symptôme.

Ces accès vont se répéter, sans périodicité particulière et vont avoir un retentissement important chez les patients entraînant parfois des troubles de croissance.


A long terme et si la maladie n’est pas correctement prise en charge, l’inflammation chronique peut être responsable de complications rénales secondaire au développement d’une amylose.

Chez certains patients adultes, la maladie peut s’atténuer avec l’âge. Cependant, si l’inflammation persiste, les risques de développement d’amylose restent importants ce qui explique la nécessité d’un suivi médical régulier, même si le patient ne souffre que rarement de signes cliniques. Une consultation annuelle chez un médecin spécialiste est donc vivement recommandée.

Génétique

Le TRAPS est une maladie autosomique dominante et le gène en cause a été identifié : Il s’agit du gène TNFRSF1A codant pour un récepteur du TNFα.

 

Il existe plus de soixante mutations de ce gène actuellement décrites chez les patients présentant des symptômes de TRAPS. En fonction du type de mutation, l’importance des symptômes présentés par les patients est différente. La responsabilité de certains variants de séquence dans l’apparition de symptômes est actuellement encore débattue. Ainsi le pouvoir pathogène des variants de séquence R92Q et P46L n’est actuellement pas encore totalement établi. Ces variants pourraient entraîner un syndrome de Marshall (ou PFAPA) (voir chapitre dédié à cette fièvre récurrente) ou au contraire être responsable de formes atténuées du TRAPS, voire jouer un rôle dans l’apparition dans d’autres maladies auto-inflammatoires non héréditaires.

 

Bon à savoir

 

Le mécanisme exact du développement de la maladie chez les patients porteurs de mutation de ce gène n’est pas encore complètement élucidé mais comme toutes les maladies auto-inflammatoires le système immunitaire inné déclenche une réaction de défense alors qu’il n’y avait pas d’agression. C’est cette réponse immunitaire inappropriée qui est responsable des signes cliniques observés.

 

 

Traitement

Traitement des crises

Le traitement, comme pour les autres fièvres récurrentes repose sur le traitement des poussées et le traitement de fond de la maladie.

Les traitements par AINS seuls sont rarement suffisants pour juguler une crise de TRAPS. Les corticoïdes ont habituellement une meilleure efficacité sur les poussées, cependant, les accès fébriles étant en général de longue durée, la durée du traitement par corticoïdes peut être prolongée avec les effets secondaires qui en découlent : problèmes digestifs, ralentissement de la vitesse de croissance staturale pour l’enfant, prise de poids excessive, fragilisation osseuse...

 

Lorsqu’il existe des effets secondaires de la corticothérapie et/ou une nécessité de doses faisant craindre l’apparition de ces effets secondaires, le médecin spécialiste peut proposer un traitement qui inhibe plus spécifiquement les substances pro-inflammatoires du système immunitaire inné en prescrivant certaines biothérapies : en premier lieu les inhibiteurs de l’interleukine 1 (ou anti- IL1) et  les anti-TNF. Il s’agit de médicaments qui doivent être administrés par injection et qui ont comme principal effet secondaire une immunosuppression rendant le patient plus vulnérable aux agressions extérieures (voir chapitre « le rôle de la fièvre »). Leur utilisation n’est donc pas systématique et doit être évaluée au cas par cas.

 

Traitement de fond

De même, le traitement de fond n’est pas systématique dans le TRAPS : il est proposé uniquement aux patients qui ont des crises répétées, sévères avec inflammation chronique à risque élevée d’amylose secondaire. Comme dans la gestion des crises, il repose essentiellement sur les biothérapies qui inhibent les substances pro-inflammatoires du système immunitaire inné.